L'ANGE ROUGE de François Médéline

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Le hors-bord a glissé sur l'eau. Les quatre torches se reflétaient à la surface de la Saône, plantées aux extrémités d'une croix de trois mètres. Les poignets et les chevilles du cadavre étaient ligotées au bois avec une corde en nylon. J'ai baissé le regard sur les jambes. Le moteur du hors-bord a crachoté. J'ai entraperçu les rubans verts peints sur la peau, le bas-ventre musclé. J'ai fermé les yeux.

Lyon.
Le crucifié de la Saône.
Mise en scène morbide et mutilations barbares.
C'est le commandant Alain Dubak et son équipe de la police criminelle qui récupèrent l'enquête.
A lire ça comme ça, on peut penser qu'on va entrer dans une énième histoire de flics qui vont s'essoufler dans une course poursuite après un méchant très méchant. Mais moi, j'ai lu : un thriller qui s'écarte du format étalon, une nouvelle architecture du roman noir ; j'ai rencontré : un personnage/narrateur non conforme, une adjointe fétichiste des ongles, une équipe qui respecte le quota de la mixité ; j'ai apprécié : la contre-vision manichéenne qui ramène à une humanité crédible, les abdos du commandant, les fraises tagadas.

Et si j'ai refermé ce livre avec une empreinte forte des personnages principaux, c'est parce que ce sont eux qui portent l'histoire. Ils sont la force du texte. Des personnages fouillés, mais pas seulement. Des personnages singuliers parce que décalés, et on a bien besoin de croiser des individus qui sortent du troupeau en ces temps présents, mais surtout, des êtres « très » humains. Pas des surhommes, pas des donneurs de leçon, pas des caricatures.

Alors oui, il y a une intrigue et une enquête à mener, il y a du sang et de la boucherie, oui, Dubak a ses démons, et oui, il y a un peu de cul, et c'est bien. Mais tout ça devient inédit quand c'est porté par la plume créative de François Médéline. Parce qu'à quoi tient le fond si la forme ne le renouvelle pas ? Introspection et actions se mêlent et se heurtent, le narrateur permet au lecteur de sentir les chocs, de se perdre, de douter, d'être en colère, d'être impuissant, d'avoir mal, et même d'être amoureux. Une très belle performance d'écriture sur 500 pages, qui a aucun moment ne s'essouffle.

Je dis : le titre (prosaïque, pardon) ne rend pas compte du talent qu'on peut trouver à l'intérieur de ce livre. J'insiste : il faut lire cet auteur qui après avoir tué le président de la République* revient avec une œuvre, disons-le carrément, brillante.

La Manufacture De Livres (2020)
506 pages

 

L'AUTEUR
François Médéline est romancier. La Politique du tumulte (La Manufacture de livres, septembre 2012) est son premier livre. Son deuxième roman, Les Rêves de guerre, qui a pour sujet principal le camp de concentration de Mauthausen, paraît en 2014 à La Manufacture de livres. Il remporte le prix Libr'à nous dans la catégorie "polar". Son troisième roman * Tuer Jupiter, qui met en scène l'assassinat fictif du Président de la République Emmanuel Macron, paraît en 2018.

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