LES RÊVES DE GUERRE de François Médéline

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Un putain de bouquin ! Les rêves de guerre, c’est un putain de bouquin !
Va falloir que je trouve comment t’expliquer ces mots. Ces mots que l’auteur s’est arraché des tripes. Et alors que j’étais en pleine lecture, j’ai demandé à un ami de se faire les deux premiers chapitres, genre tu penses comme moi ?, et il m’a dit « Ces mots qu’il balance c’est pour te bousculer, pour ne pas que tu restes à lire sur ton fauteuil comme un vier en cire ! » (un poète).

Fin des années 8O, ambiance CX et télévision tout juste colorisée, Michel Molina, un flic habité par de vieux démons délétères, se retrouve sur les rives du lac Léman à enquêter sur un meurtre, accompagné de celui qu’il appelle le Vieux, un collègue tout aussi défraîchi. Jusque-là, tu te dis qu’voilà encore un bon polar de base, mais reste là, t’en vas pas encore ! On est loin, très loin de ce que tu peux imaginer.
Parce que.
Parce que les premières pages sont comme les rafales d’un vent violent que tu prends en pleine face. Violent. Violence. Violence du camp de Mauthausen. Violence des hommes. Violence dans les chairs. Violence des mots. Inhumanité.

Faut les remonter de la carrière les enfin morts, les porter dès l’appel, faut monter ces marches, ces marches taillées avec nos mains, avec les miennes, pour ce granit noir qui est parti à Linz, qui part loin, pourquoi, comment on a creusé les tunnels, de marteaux humains, des burins humains, des hommes marteaux, des hommes burins, pour leurs usines, leurs engins à tuer, ils ont tué notre mort, ces sales Juifs, ces sales Russes, ces sales Tchèques, ces sales Polonais, sale race, ces sales morts.

Molina, son passé au présent, son présent. Douleurs maternelles, régressions passionnelles. Et ce livre. Ce livre que Molina assimile, cuité par sa lecture. Ce livre comme une douleur aigue. Ce livre qui relie les fours crématoires aux berges de ce lac. Des mots qui s’entrechoquent, des mots qui trébuchent, des mots qui s’agglomèrent, qui étouffent, qui rendent fou. Aliénation. Des mots qui nous perdent. J’ai eu la nausée, j’ai eu la tête enténébrée. Vertiges.

… trop de fleurs de printemps, trop de ces deux tourelles, trop de gardes en haut des tourelles, de pierres qui montaient l’escalier, trop de blocks, de chefs de blocks,…

Il n’y a plus de phrases. Juste une agonie sous une masse de mots qui sont là pour t’écraser. Oppression.

… trop de paillasses, trop de gars sur les paillasses, trop de quatre gars sur les paillasses de quatre-vingts, trop de latrines, de douches gelées, trop de pyjamas rayés, de chiens, trop de chiens qui bouffaient les prisonniers…

Un roman noir. François Médéline ne t’épargnera pas.
La puissance des mots à son service.
De la poésie qui enfièvre la pensée. Une certaine poésie. Une rage.
Une écriture déviante qui fait du bien à la lectrice famélique que je suis. C’est de cette nourriture là que je veux.

Et si tu viens directement à la fin de cet avis de lecture pour connaître ma conclusion parce que ça t’a paru trop long à lire et que c'est quand même lourd ces avis trop longs, tu n’as qu’une chose à retenir : ce bouquin, TU DOIS LE LIRE ABSOLUMENT.

La manufacture de livres (2014)
326 pages

 

L’AUTEUR

François Médéline est romancier.
Il émigre à Romans-sur-Isère à onze ans. Il y suit ses études secondaires et fait son apprentissage du rugby et du grec ancien.
Il est diplômé de l'Institut d’Étude politique de Lyon où il a été chargé d'enseignement et de recherche (en particulier en sociologie politique).
La Politique du tumulte (La Manufacture de livres, septembre 2012) est son premier livre.
Il vit à Lyon.

 

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