SEULE LA NUIT TOMBE DANS SES BRAS de Philippe Annocque

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Ça commence par un like. Quelques échanges formels. Puis, un premier message derrière la sphère publique, des SMS, la chaleur des mots qui va crescendo au rythme des échanges. Viennent des photos. Un mamelon. Un sexe. Et des vidéos d’un désir à distance. De l’amour ?

C’était drôle, quand même, cette fille qui n’hésitait pas à lui montrer ses seins et qui peinait à le tutoyer.

Herbert est un écrivain, il aime sa femme et ses enfants. Coline, à 800 km de lui, est professeure, elle aime son mari et ses enfants. Leur rencontre (peut-on parler de rencontre ?) s’installe au fil des mots, chacun apprenant l’autre par écran interposé. Les corps même se parlent. Et pourtant, au bout de cette double vie en parallèle du réel, il n’y aura pas de contact charnel, par d’effleurement des peaux, pas de souffle dans la nuque.
Phénomène moderne, les rencontres via les sites spécialisés sont devenues chose courante. Tinder, Meetic et autres terrains de flirts fleurissent, se spécialisent, là un site pour les séniors, ici un site pour les cadres. Et il y a Facebook. C’est moins ostentatoire, ça commence insidieusement par des échanges innocents, une drague à l’ancienne mais à distance. Herbert et Coline sont amoureux. Ils n’ont jamais senti la caresse de l’autre, ni l’odeur d’une chevelure, mais ils s’aiment et ils font l’amour.
Au travers de son personnage, l’auteur questionne quant à la valeur de cette vie fantasmée. Peut-on parler d’amour ? Peut-on aimer sans ne s’être jamais touché ? Derrière un écran, pas de garde-fou, pas de barrière sociale, pas de tabou sexuel, pas de masque, on s’ouvre, on se livre. Que risque-t-on bien à l’abri de sa vie de famille rassurante ? Ce texte admirablement servi par une écriture badine l’air de rien, frivole un brin, crue aussi, n’apportera pas de réponse. Il ne s’agit que de l’expérience d’Herbert, la vision d’Herbert, les fantasmes d’Herbert. Quelquefois Herbert s’attarde trop dans sa réflexion, il peut être redondant aussi.
Alors, à qui s’adresse ce livre ? Il y aura deux types de lecteurs. Celui qui a déjà vécu ces rencontres virtuelles, soit il n’y trouvera pas d’intérêt, soit il se rassurera, il n’est pas seul. Puis, celui qui découvrira cet étrange univers de l’amour sans le faire, parce que curieux, parce que perplexe, parce que douteux.
A vous de voir…

Quidam éditeur (2018)
144 pages

 

L’AUTEUR

Pas bien sûr d’être un dubitatif quant à la mention « Du même auteur » qui commence à accompagner ses livres, Philippe Annocque répond cependant quand on l’appelle par son nom, par souci de commodité. Ses papiers le disent né en 1963, il veut bien les croire. D’origines variées, animé de passions diverses et hétéroclites, il écrit des livres qui lui ressemblent sans pour autant se ressembler entre eux : disparates et convergents, nés de la question de l’identité. Il est l’auteur chez Quidam de Liquide (2009), Monsieur le Comte au pied de la lettre (2010), RIEN — qu’une affaire de regard (2014) et Pas Liev (2015) et de Elise et Lise (2017).
(Bio : Quidam)

 

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