LE MEILLEUR DES MONDES d'Aldous Huxley

Publié le

 

Quel est le meilleur des mondes ? Existe-t-il ? Aldous Huxley l’a imaginé voilà près d’un siècle… mais il aurait pu l’écrire hier… tant le texte est au plus près de nous.
La civilisation future telle qu’il la crée est celle d’un monde sous contrôle. La génétique est manipulée et l’Etat Mondial façonne des êtres humains selon des castes bien définies : des Alphas Plus tout en haut de la hiérarchie aux Epsilons utilisés pour les taches ingrates. Tout ce monde vit heureux car le bonheur est l’objectif de ce monde parfait. Pas de parents, pas de monogamie, pas de sentiments, pas de sensations, pas de réflexion, pas de liberté et aucune conscience de ne pas en avoir. L’Homme est conditionné avant même sa naissance, il est conditionné au bonheur, conditionné à la mort, gavé de soma quand il fait face à une contrariété. Tout est maîtrisé, calculé, dominé. Les derniers humains en état de penser, les Sauvages, sont parqués dans des réserves.

L’arrivée d’un « Sauvage » dans la civilisation va mettre la liberté de penser et de souffrir et de jouir face à la non-liberté programmée et contrôlée instaurée par l’élite dirigeante d’un monde moderne.
L’auteur va utiliser l’œuvre de Shakespeare pour défendre les valeurs du vieux monde. L’homme « Sauvage » va nous marteler de Hamlet ou encore de Roméo et Juliette pour justifier le besoin du libre arbitre. A coups de citations, comme on brandirait les psaumes de la Bible, l’homme qui se veut libre hurle son besoin de ressentir, d’éprouver, de palper la réalité pour le meilleur mais aussi pour le pire.

- Pourquoi ne leur faites-vous pas lire Othello ?
- Je vous l’ai dit : c’est vieux. D’ailleurs, ils ne le comprendraient pas.
(…)
- Parce que notre monde n’est pas celui d’Othello. On ne peut pas faire de tacots sans acier, et l’on ne peut pas faire de tragédies sans instabilité sociale. Le monde est stable, à présent. Les gens sont heureux ; ils obtiennent ce qu’ils veulent, et ils ne veulent jamais ce qu’ils ne peuvent obtenir. Ils sont à l’aise ; ils sont en sécurité ; ils ne sont jamais malades ; ils n’ont pas peur de la mort ; ils sont dans une sereine ignorance de la passion et de la vieillesse ; ils ne sont encombrés de nuls pères ni mères ; ils n’ont pas d’épouses, pas d’enfants, pas d’amants, au sujet desquels ils pourraient éprouver des émotions violentes ; ils sont conditionnés de telle sorte que, pratiquement, ils ne peuvent s’empêcher de se conduire comme ils le doivent.

Mais qu’il est bon de se replonger dans un roman d’anticipation de cette qualité !
Quelle précision dans la construction de ces personnages atypiques et tellement réels ! Quelle rigueur dans la création de ce monde stéréotypé !
On ne peut s’empêcher de penser au Big Brother de George Orwell… et c’est délicieusement bon.

Mrs. Laura Huxley (1932)
319 pages


L'AUTEUR

Huxley vient d'une famille qui a vu naître de nombreux scientifiques de renom.
Son premier livre, un recueil de poèmes, paraît en 1916.
En octobre 1928, il vient d’écrire Contrepoint lorsqu’il s’installe avec Maria, sa femme, et Matthew, leur fils, 3 rue du Bac à Suresnes près de Paris.
En 1931, Huxley écrit en quatre mois Le meilleur des mondes, une utopie négative semblable à celle de 1984 d’Orwell.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article