LES TESTAMENTS de Margaret Atwood

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Les yeux des hommes, toujours à se balader ici et là, comme ceux d’un tigre, ces yeux fouisseurs avaient besoin d’être protégés de notre pouvoir de séduction ô combien aveuglant – de nos jambes, grosses, maigres ou fuselées, de nos bras, boudinés, noueux ou gracieux, de nos peaux, constellées de taches ou veloutées, des boucles entrelacées de nos cheveux brillants, de nos grossières crinières, de nos tresses maigrichonnes et pareilles à de la paille, peu importait.

J'ai lu La servante écarlate il y a une vingtaine d'années et j'ai encore une empreinte forte de cette lecture dans mon imaginaire. Trente cinq ans après sa sortie, l'auteure revient avec Les Testaments, suite à une forte demande de ses lecteurs, dit-elle. Peut-être parfois devrait-on s'abstenir de faire plaisir...

C'est du déjà vu.
Tout a été écrit dans La servante écarlate, pourquoi y revenir avec des personnages qu'on a déjà rencontré, avec des situations qu'on a déjà vécues ? Ah oui, elle écrit la chute du régime théocratique et totalitaire de Galaad (le Giléad re-traduit), elle démontre l'écroulement d'un système qui ne peut fonctionner en écrasant les femmes, ces femmes soumises et pourtant à l'origine de cet effondrement. Je reconnais que cette analyse de fond est bien menée. C'est un livre de femmes pour les femmes.

Mais c'est lisse.
J'ai trouvé le texte plat, redondant et inutilement long. Sur les trois narratrices, nous retrouvons Tante Lydia, véritable bourreau dans le premier opus, qui, bien qu'étant le personnage le plus crédible à mes yeux, se fait presque chaton ; et deux jeunes filles, l'une ayant grandi à Galaad, l'autre au Canada. Et qui sont ces jeunes filles, je l'ai vu arriver gros comme des varices en été ! Et la tension dramatique, elle est où ? On est à Galaad, un monde où le moindre mot, le moindre geste peut mener à la pendaison ou à la lapidation, et dans ce texte, ça devient banalité. Après tout, peut-être est-ce normal quand on naît et grandit sous une dictature ? Peut-être. Mais même la canadienne ne semble pas effrayée gardant une attitude de jeune conne provocatrice. Non, vraiment, il m'a manqué quelque chose de plus fort.

J'ai lu La servante écarlate il y a une vingtaine d'années, c'était ma première rencontre avec Margaret Atwood. Et depuis, chaque rencontre avec son univers fut étonnante.
Mais là, non.

Il faut lire La servante écarlate.

Robert Laffont (2019)
Traduit de l'anglais (Canada) par Michelle Albaret-Maatsch
538 pages

 

L'AUTEUR
Elle est l'une des écrivaines canadiennes les plus connues, en particulier pour son roman La Servante écarlate (The Handmaid's Tale), publié en français en 1985, qui est adapté au cinéma sous le même titre par Volker Schlöndorff en 1990 et en série télévisée en 2017. Elle remporte le Booker Prize en 2000 pour son roman Le Tueur aveugle (The Blind Assassin), qui n'est publié qu'en 2002 en France.
En 2015, elle remet le manuscrit de son livre Scribbler Moon au projet de « bibliothèque du futur » de l'artiste écossaise Katie Paterson, qui sera ainsi publié en 2114.
Tu peux lire ici aussi : Maddaddam, C'est le cœur qui lâche en dernier, Captive

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