ASSASSINS de Philippe Djian

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Aucun nouvel accroc ne méritait que je déclare la guerre à qui que ce soit. il fallait se réserver pour les attaques vraiment sérieuses. Car celui qui mène mille petits combats ne peut jamais lever son sabre assez haut et meurt d'épuisement.

Il est des assassins de l'ombre, de ceux qui se lèvent le matin pour aller bosser, qui rentrent le soir dans une maison vidée de vie, seulement pleine de ce qui a été. De ceux qui se satisfont d'une relation facile, empruntant sa femme au voisin. De ceux qui n'ont pas la conscience bien tranquille mais qui, après tout, peuvent-ils faire autrement ? Le narrateur est cet homme las, passif, qui n'attend plus rien. Il a échoué en amont alors pourquoi ne pas se laisser glisser dans la loose ? Il est des assassins lâches, empoisonnant l'eau tout en s'excusant de n'y être pour rien.
Et au creux de l'insipide, débarquent une colocataire qui bouscule le quotidien et les hormones, et un inspecteur de l'environnement qui n'est pas là en ami. Autant de personnages se retrouvant enfermés dans un chalet dans la forêt, sous une pluie harcelante, comme si l'eau avait à se venger, dans un huis-clos aux situations vaudevillesques, tantôt loufoques, tantôt tragiques.

Je découvre Philippe Djian avec ce titre. De beaucoup ont apporté une critique mitigée à ce livre, allant de « ça n'est pas son meilleur » à « trop de longueurs, pas de cohérence ». Je ne suis pas de ce dernier avis, j'ai aimé le temps pris pour camper chaque personnage, j'ai apprécié de ressentir la vacuité d'une vie par les mots qui s'attardent du narrateur, et, plutôt amateur de huis-clos, je me suis délectée de l'absurde de situation mêlé à la noirceur de fond. Un p'tit côté décalé qui donne un goût de revenez-y.

Gallimard (1994)
273 pages

 

 

L'AUTEUR
Philippe Djian est un romancier, nouvelliste, parolier et scénariste. Auteur de 37°2 le matin, adapté au cinéma en 1986 par J. J. Beineix.

 

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