UNE CONSTELLATION DE PHÉNOMÈNES VITAUX d'Anthony Marra

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Havaa a huit ans, elle vit dans un village en Tchétchénie. Nous sommes en 2004 quand elle assiste à l’arrestation de son père par des soldats russes. Akhmed, leur voisin et ami, décide de cacher Havaa, elle-même encore recherchée.

Ce livre là, j’ai eu du mal à rentrer dedans. Parce qu’il traite de la guerre et que je fuis depuis longtemps cette actualité de la mort. Parce que la guerre fait des victimes depuis le front jusque dans les familles et que je ne supporte pas l’absurdité. Parce que ces fichues guerres touchent les gosses et que j’ai mis toute ma réserve d’empathie chez les moins d’1m50. Mais je suis bien d’accord pour que ne soient pas tues ces barbaries primitives qui ont eu lieu il y a 10 ans seulement. Tout juste10 années. Alors, j’ai lu. Et grand bien m’en a pris.

Akhmed va se réfugier avec Havaa dans un hôpital que la guerre n’a pas épargné mais où Sonja, chirurgien, continue d’amputer des membres avec ardeur, avec des moyens plus que minimes et du personnel purgé.
Sonja a ses blessures. Akhmed a ses blessures. Havaa est orpheline.
Trois personnages qui vont vivre cinq jours ensemble, cinq jours pour nous faire comprendre leurs histoires individuelles mais aussi leurs histoires croisées. Cinq jours pour nous faire sentir la guerre, la trahison, la torture, la fuite, la peur… et l’amour.
L’amour pour fil conducteur, l’amour comme une soupape de sécurité dans ce cloaque à l’odeur de mort.

Un roman superbement mené avec ses allers-retours subtils dans le temps. Une analepse pour chacune des vies rencontrées, pour chaque personnage impliqué. On assistera au lent tissage de l’histoire de fond. On verra les individus se rapprocher, se confronter jusqu’à ce que tous soient reliés autour d’Havaa, celle qui doit survivre.
Un roman tragique et romanesque aussi. Beauté des sentiments et amours blessées dans un pays en ruine. Pudeur mal placée ou violence des désespoirs.
Un mélange de sentiments et de réalités brutes qui en fait un roman puissant et bouleversant.

A la table de la cuisine, elle examina le verre de glaçons. Chaque cube s’était arrondi avec la température de la pièce et achevait de se dissoudre dans ses propres restes. Et enfin, elle comprit… c’était ainsi que disparaissait un être cher. Malgré le choc de rentrer dans un appartement vide, l’absence n’était pas immédiate, c’était plus un estompage du présent qui s’opérait, une fonte dans le passé ; pas un effacement, mais un changement d’état, de la présence au souvenir, du solide au liquide (…).

Editions JC Lattès (2014)
440 pages


L’AUTEUR

Anthony Marra a remporté un Whiting Award, les prix Puschcart, Atlantic et Narrative, et ses textes sont parus dans l’anthologie Best American Nonrequired Reading 2012. Il a une maîtrise d’Art de l’Iowa Writers’Workshop et est aujourd’hui membre d’une Stegner Fellow à l’université de Stanford. Il a vécu et fait ses études en Europe de l’Est et réside aujourd’hui à Oakland en Californie.

 

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