UN LONG DIMANCHE DE FIANÇAILLES de Sébastien Japrisot

Publié le

 

Janvier 1917. Nous suivons cinq soldats français condamnés à mort. Ils sont trainés dans une tranchée, meurtris par le froid, bouffés par les poux, blessés dans leur chair. Cette nuit devrait être leur dernière nuit.
La guerre terminée, Mathilde, une jeune femme déterminée, voudra comprendre ce qui s’est passé cette nuit-là, dans la tranchée Bingo Crépuscule qui a avalé l’homme qu’elle aime.

Elle en avait dix-sept quand on lui a dit qu'il était perdu. Elle a pleuré beaucoup, parce que le désespoir est femme, mais pas plus qu'il n'en fallait, parce que l'obstination l'est aussi.

Mathilde ne lâchera rien avant de savoir. Savoir comment son homme a expiré son dernier souffle, savoir s’il a souffert, savoir si, et cet espoir est fou, elle le sait, savoir s’il aurait pu en réchapper…
Mathilde a une volonté sans faille, c’est un personnage fort, une héroïne de roman qu’on aime à rencontrer. A la suivre dans son obstination, on revisite l’horreur d’une guerre absurde, Mathilde fera parler des personnages marqués jusqu’au plus profond de leur âme. La guerre a changé leur vie, a modifié à jamais qui ils sont. Les femmes, restées à l’arrière quand leurs hommes périssaient, sont mises ici en avant par l’auteur, des femmes fortes, des femmes qui ont dû survivre. Une galerie de portraits qui nous ramène à ces années folles d’après-guerre qui voudraient faire taire le bruit des cris et des canons. Tout le talent de Japrisot est dans cette écriture sublime qui allie la quête de Mathilde à une immersion réelle dans cette époque décalée. Une quête qui est menée comme une véritable enquête policière, avec un recul qui évite de chuter dans un pathos lourd.
Ce roman a obtenu le prix Interallié en 1991, et a été porté à l’écran par Jean-Pierre Jeunet, film qui serait une réussite mais je ne le vérifierai pas.
Un très grand roman, fort et bouleversant. Qui donne à revenir vers cet auteur.

Denoël (1991)
373 pages

 

L’AUTEUR

Jean-Baptiste Rossi, plus connu sous le pseudonyme de Sébastien Japrisot, anagramme de son vrai nom, est un romancier, scénariste, traducteur, réalisateur et parolier français. Il écrit sous le pseudonyme de Sébastien Japrisot son premier roman policier Compartiment tueurs en 1962. Le succès est grand et le roman est adapté au cinéma. Il en ira de même pour les romans suivants comme Piège pour Cendrillon (1963) ou L'Été meurtrier (1978). Il travaille aussi comme scénariste sur Adieu l'ami (1968), La Course du lièvre à travers les champs (1972) ou Le Passager de la pluie (1992) dont il publie les réécritures romanesques.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article