TROIS FEMMES PUISSANTES de Marie Ndiaye

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Trois femmes puissantes, c’est trois histoires de femmes qui luttent pour rester dignes, pour garder la tête relevée malgré les hommes, malgré le poids des différences, malgré l’exclusion. Norah, Fanta, Khady.
J’ai lu trois récits sombres voire très noir concernant le dernier, façonnés par la plume lourde de Marie Ndiyae. Et quand je dis lourde, je veux dire parfois étouffante, jusqu’à être illisible parce qu’irrespirable.
La première histoire est celle de Norah, elle revient au pays, appelée à l’aide par un père vieillissant, ce même père qui a modelé sa vie, celle de sa sœur, de sa mère, qui a enlevé son frère, un père dominant, écrasant. Aujourd’hui il a besoin d’elle alors qu’il n’est plus que l’ombre d’un homme déchu. J’ai aimé lire la volonté de cette femme à rester droite, j’ai aimé la force qu’y a mise l’auteur pour nous rendre cette dignité retrouvée au plus juste.
Et puis, il y a cette deuxième  histoire. Celle vécue par Rudy, mari de Fanta. Et que c’était long et redondant et lourd et ces phrases qui n’en finissent pas…

Et il sentait monter en lui de nouveau, comme ce matin-là quand Fanta l’avait bravé par ses paroles ou peut-être par son silence, il ne savait plus (mais lui dirait-on enfin combien de temps un homme qui lutte pour la survie de son honneur d’homme et de père et de mari et de fils, un homme qui tente chaque jour d’empêcher que s’effondre ce qu’il a bâti, combien de temps cet homme peut supporter d’être la cible de reproches inchangés, formulés et lancés par le regard d’un œil scrutateur, amer et sans pitié, et s’il peut le supporter front blanc et sourire aux lèvres comme si la sainteté participait également de son devoir, le lui dirait-on enfin, et qui, lui que ses amis avaient abandonné ?), cette colère chaude, presque douce, presque cordiale, à laquelle il savait bien qu’il devait résister mais qu’il était si bon aussi de ne pas entraver, si bon et si réconfortant au point qu’il se prenait parfois à songer : Cette colère familière, n’est-ce pas tout ce qu’il me reste, n’ai-je pas  tout perdu en dehors d’elle ?

… et on reprend son souffle pour la prochaine apnée !

J’arrive ainsi à la troisième histoire au bord de l’asphyxie, et même si l’histoire de Khady a titillé mon terrain empathique, j’y ai laissé mes dernières réserves d’oxygène.
Alors faut-il étouffer son lecteur pour accéder au prix Goncourt ? Cette écriture qui s’étire et qui lentement m’a épuisée a valu à Marie Ndiaye d’obtenir ce prix prestigieux en 2009… te laisseras-tu tenter ?

Gallimard (2009)
333 pages


L’AUTEUR

Marie Ndiaye n'a que 18 ans lors de la publication de son premier ouvrage. Elle a obtenu une bourse qui lui a permis d'étudier pendant un an à la Villa Médicis à Rome. Elle a reçu le Prix Femina en 2001 avec son roman Rosie Carpe et sa pièce Papa doit manger figure au répertoire de la Comédie-Française. En 2009, elle participe à l'écriture du scénario du film de Claire Denis, White Material. Elle reçoit le prix Goncourt 2009 pour Trois Femmes puissantes, roman initialement tiré à 15 000 exemplaires mais qui avec le succès auprès du public au moment du prix, a un tirage total de 140 000 exemplaires après dix réimpressions.

 

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