SUKKWAN ISLAND de David Vann

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Donner un avis sur Sukkwan Island n’est pas chose aisée, et surtout n’est pas chose singulière.
Ce bouquin ne m’a pas attendu pour faire l’unanimité auprès de lecteurs qui l’ont refermé bouleversés. Evidemment, il ne m’a pas épargnée non plus, évidemment.

Que ce père veuille vivre une aventure hors du commun avec son fils de treize ans laisse songeur et peut-être envieux. S’accorder un tête à tête sur une île sauvage de l’Alaska entre forêts humides et montagnes inébranlables, s’accorder un tête à tête dans une cabane isolée du monde remuant.
Respire donc cet air vivifiant des grands espaces, cet air frais qui tanne les visages. Hume les odeurs des matins glacés. Odore l’hiver qui approche…  Oui, Jim voit là l’occasion d’un nouveau départ avec ce fils qu’il a sans doute trop négligé.

L'île où ils s'installaient, Sukkwan Island, s'étirait sur plusieurs kilomètres derrière eux, mais c'était des kilomètres d'épaisse forêt vierge, sans route ni sentier, où fougères, sapins, épicéas, cèdres, champignons, fleurs des champs, mousses et bois pourrissant abritaient quantité d'ours, d'élans, de cerfs, de moutons de Dall, de chèvres de montagne, et de gloutons.

Tu peux en effet te dire que ce livre ne va pas te réchauffer les soirées d’hiver mais tu es loin d’imaginer à quel point il va les glacer. Ce joli projet à la Robinson Crusoé va juste devenir un enfer. Toi qui es claustrophobe, ne crois pas que les grands espaces vont t’épargner car ce livre étouffe, il t’opresse.Tu vas te retrouver prisonnier de la tête de cet homme, tu vas t’y cogner espérant  t’en échapper, tu chercheras comment en sortir pour finalement vivre le sordide avec lui, sa folie peut-être même. Tu compatiras pour cet homme, tu détesteras cet homme, mais en aucun cas tu ne t’en remettras. C’est le pouvoir des mots de David Vann. Tu n’en réchappes pas.

Roy leva les yeux. Son père était penché en avant, les bras sur les genoux, la tête baissée. Il se frottait le front. Il demeura ainsi longtemps. Roy ne trouvait rien à dire, alors il ne disait rien. Mais il se demandait pourquoi ils étaient là, quand tout ce qui semblait importer à son père se trouvait ailleurs. Cela ne lui semblait pas logique du tout que son père soit venu s'installer ici. Il commençait à se demander si son père n'avait pas échoué à trouver une meilleure façon de vivre. Si tout cela n'était qu'un plan de secours et si Roy, lui aussi, ne faisait pas partie d'un immense désespoir qui collait à son père partout où il allait.

Un livre fort, un livre noir.
Un livre qu’il faut lire.

Éditions Gallmeister (2010)
232 pages


L’AUTEUR

David Vann est un écrivain américain.
Auteur de plusieurs livres, il vit en Californie où il enseigne à l'Université de San Francisco.
Sukkwan Island est son premier roman traduit en français, pour lequel il reçoit le prix Médicis étranger en novembre 2010, le prix des lecteurs de L'Express, le prix des Lecteurs de la Maison du Livre de Rodez et le prix du Marais en 2011.

 

 

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