LE PORTRAIT DE DORIAN GRAY d'Oscar Wilde

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Les gens disent quelquefois que la beauté n’est que superficielle. Peut-être. Du moins n’est-elle pas aussi superficielle que la pensée. Pour moi, la beauté est la merveille des merveilles. Seules les personnes qui manquent de profondeur ne jugent pas d’après les apparences. Le vrai mystère du monde, c’est le visible et non l’invisible.

Basil Hallward est un peintre en recherche d’inspiration. Il vibrera en peignant le portrait d’un jeune homme incarnant la beauté absolue, la jeunesse dans toute sa splendeur, Dorian Gray, détenteur d’un magnétisme addictif.
Alors qu’il apporte la touche finale au portrait, Basil présente Dorian à Lord Henry, un personnage dont le cynisme est aussi fort qu’il en est drôle si je sors du contexte époque victorienne dans laquelle grandissait le mouvement décadent auquel il s’attache. Lord Henry, dit Harry, a de la prestance et il est un orateur convaincant et convaincu, aujourd’hui, on dirait qu’il a du bagout. Il prêche pour l’hédonisme, il ne veut que plaisirs et luxe, il prône l’esthétisme et il est un fieffé matérialiste. Je n’oublie pas non plus à quel point la femme est décorative dans son univers plaqué or. Il n’a rien pour t’emballer ce personnage là et pourtant, il m’a plu le bougre. Il m’a fait sourire tout du long. Et l’autre là, le Dorian Gray, qui est pendu à ses lèvres et qui va absorber bêtement toutes ses paroles.
Je disais donc que Basil peint Dorian Gray et en fait un portrait d’une beauté et d’un réalisme troublant, si perturbant que Dorian lui-même en devient jaloux.

Comme c’est triste ! Je deviendrai vieux, horrible, hideux. Mais le portrait restera toujours jeune. Il ne sera jamais plus vieux qu’il ne l’est en ce jour de juin… Si seulement c’était le contraire ! Si c’était moi qui restais toujours jeune et que ce fût le portrait qui vieillît !

Il n’y a qu’à demander !
Alors que Dorian Gray suit à merveille les conseils et préceptes de son ami Harry, alors qu’il fait le malheur autour de lui, qu’il répand le chagrin et la mort même, alors qu’il coule dans une vie de luxure et de dépravation, son portrait s’en trouve marqué de tous les stigmates. Un pacte avec le diable qui lui permet de rester jeune et beau quand le tableau dépérit.

Un roman aussi noir que l’est devenue l’âme de Dorian Gray. Un homme faible finalement, si facilement influençable, un personnage que j’ai trouvé détestable, tellement superficiel, tout aussi caricatural que Lord Henry mais en moins drôle. Un roman fantastique donc mais qui se veut aussi philosophique voire un chouïa moralisateur quand on connait le final dramatique et qu’on en tire une morale facile.
Qu’en ai-je pensé me demanderas-tu ? J’ai vécu un grand moment de littérature, complètement emportée par des protagonistes décalés et fascinants, et si réalistes dans ce Londres du 19ème siècle. J’ai noté tant de passages des envolées du grandiloquent Lord Henry. Je m’en suis délectée. Et étrangement, j’ai trouvé ce roman très moderne, dans le fond et dans la forme. Tu ne devrais pas te priver du plaisir de sa lecture, voilà ce que j’en pense.

Le livre de Poche
277 pages


L’AUTEUR

Journaliste, dramaturge, écrivain, Oscar Wilde choque la bonne société mondaine londonienne par ses frasques, son dandysme extravagant. Le portrait de Dorian Gray, en 1890, lui apportera le succès. Mais sa liaison affichée avec Lord Alfred Douglas lui vaudra en 1895 d’être condamné à deux ans de travaux forcés. À sa libération il s’installe en France mais connaît une lente déchéance malgré le soutien de ses amis, notamment André Gide. Il meurt d’une méningite dans un hôtel parisien le 30 novembre 1900.

 

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