LE CRÉPUSCULE D'UNE IDOLE de Michel Onfray

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Freud est une icône intouchable sans qui l’édifice immense qu’est la psychanalyse menacerait de s’effondrer. Freud fut pour moi ce lien que je cherchais entre les sciences et les lettres quand après le bac je ne savais pas vers où me tourner. Et si Freud me permettait d’étudier l’esprit des hommes tout en faisant des sciences ? Alors je l’ai suivi. Je ne vais pas m’attarder sur mes études et mon chemin de pensée dont tout le monde se fiche ici, néanmoins, les années passant, je ne comprenais toujours pas comment le complexe d’Œdipe était passé d’un cas d’étude à une vérité universelle. Il y avait toujours ce quelque chose de turlupinant et d’insatisfaisant, et pourtant j’aurais eu la plus grande des satisfactions à pouvoir expliquer le lapsus de façon scientifique. Cette obsession à tout vouloir expliquer, ranger, classer.
Et Michel Onfray est arrivé. Tadam ! Merci à lui. Merci à lui d’avoir lu les 6000 pages de l’œuvre, correspondances et autres écrits du maître de la psychanalyse pour virer de mon œil cette poussière irritante.

Freud n’est pas un homme de science (…) sa doctrine est une création existentielle fabriquée sur mesure pour vivre avec ses fantasmes, ses obsessions, son monde intérieur, tourmenté et ravagé par l’inceste. Freud est un philosophe, ce qui n’est pas rien, mais ce jugement, il le récusait avec la violence de ceux qui, par leur colère, posent le doigt au bon endroit : le lieu de la douleur existentielle.

Freud aurait donc tenté de justifier tous ses « mal être » au nom d’une auto-analyse qui servira la science et les maux de l’humanité. Hypocondriaque, dépressif, mégalomane (dira qu’il y a eu trois scientifiques importants : Darwin, Copernic et lui-même), misogyne (la femme est un homme à qui il manque quelque chose), il se veut être un « conquistador », Freud aurait falsifié des résultats d’analyse pour étayer sa théorie psychanalytique, etc.

La psychanalyse (…) est une discipline vraie et juste tant qu’elle concerne Freud et personne d’autre. Les concepts de l’immense saga freudienne lui servent d’abord à penser sa propre vie, à mettre de l’ordre dans son existence (…) une vision du monde privée à prétention universelle.

Une « psycho-biographie » très documentée, qui s’appuie sur les écrits et les paroles de Freud lui-même. Cet aspect du livre est primordial quand on sait l’importance du sens des mots pour le philosophe qu’est Michel Onfray. Du fondamental de la véracité des faits quand on ose s’en prendre à une entité reconnue et adoubée par une communauté puissante.
Ce livre m’a fait du bien. Un sentiment jubilatoire même.
Onfray nous apprend mille choses sur le fondateur de la psychanalyse que je ne vais pas développer là sans te perdre ô toi lecteur impatient, mais je retiendrai qu’il a remis à leur place la pensée philosophique et le fait scientifique, on ne peut pas tout mélanger. La psychanalyse aujourd’hui n’est pas à (re)nier, la parole, le lien au thérapeute et d’autres observations existent. Freud a apporté également un autre regard sur la sexualité, il a révélé son existence, a bousculé les tabous.
Mais ne faisons pas de nos expériences de vie des généralités. Peut-être n’as-tu jamais eu envie de tuer ton père et vivras-tu sereinement sans passer par la case analyse.

Grasset (2010)
624 pages


L’AUTEUR

Michel Onfray est un philosophe français contemporain qui a publié plus de 80 ouvrages. Il adhère à la pensée hédoniste, athéiste et anarchiste. Il défend une pensée principalement influencée par des philosophes tels que Nietzsche, Épicure, par l'école cynique, par le matérialisme français et par l'anarchisme individualiste.Il enseignait la philosophie dans les classes terminales du lycée technique privé catholique Sainte-Ursule de Caen de 1983 à 2002 (a démissionné de l’Education Nationale). Il critique l’enseignement de la philosophie qu’il juge limité à la transmission d'une histoire de la philosophie officielle et conforme à l'ordre social, plutôt que de se donner pour but d’apprendre à philosopher. Vision forcément contestée par nombre d'enseignants en place dans le secondaire.
Il a également créé des Universités Populaires : à Caen, à Argentan, mais également une Université Populaire du Théâtre, où des professeurs enseignent bénévolement. La raison de ce projet est expliquée dans « La communauté philosophique ».

 

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