LA TERRE QUI PENCHE de Carole Martinez

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Blanche est morte en 1361 à l’âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort !

Blanche se raconte. Elle raconte comment un matin, on la pare de beaux habits, elle qui vit en chemise, souillon de son père, et on la conduit au travers d’une forêt vers son destin. Vers le domaine des Murmures.
Ô l’univers merveilleux que celui créé par Carole Martinez. Où les loups sont de sable, où les amours sont éternelles et les baisers des miracles, où l’enfance peut-être une douce folie et la rivière une fée. La rivière qui respire. Qui aspire. Entends La Loue s’ébrouer selon son humeur sur cette terre qui penche. Entends-la râler, vois-la enfler et s’agiter. La Loue, confidente de Blanche, amante de ces hommes qui s’abandonnent à ses flots, cruelle, assassine.

Je suis restée rivière pour mieux caresser son corps et il a compris ce que la rivière lui faisait. Il a aimé se noyer en moi, il a aimé mes doigts d'eau sur son sexe, il a aimé s'allonger sur mon ventre et me pénétrer, il a aimé mes sursauts, ma langue entre ses cuisses, il a joui dans mon lit et j'ai eu du mal à me contenir, après nos ébats, à le laisser regagner la rive.

Blanche se raconte. Sa vieille âme aussi. Celle qui partage sa tombe depuis ce jour fatal. Elle se souvient. Elle raconte cette enfance où tout se bouleverse. La quête de l’histoire de sa naissance. L’histoire de son père. Celle de sa mère trop tôt disparue, emportée par le mal noir. Elle raconte ses premières amours, premiers émois. Elle a mal. Elle a peur. Elle rêve. C’est une enfant.

On oublie si vite nos rêves et nos désirs d'enfant, on les dilue pour les rendre acceptables, innocents et jolis. On ne se souvient que d'un monde doux et tranquille, alors que la pureté même de l'enfance est tout entière dans cette violence que tu dis sans détours. L'enfant est un dévorant qui avalerait le monde, si le monde était assez petit pour se laisser saisir.

Ô l’univers merveilleux que celui créé par Carole Martinez. Les mots sont une musique tantôt douce et caressante quand tu marches les pieds nus sur la mousse verte des berges de La Loue, tantôt rude et déchirante quand la mort recouvre de son voile tes seules joies. De la poésie, une écriture envoutante. Je suis sous le charme à chaque fois que je te lis Carole Martinez.
Un vrai bonheur de littérature. Merci.

Gallimard (2015)
260 pages

 
L’AUTEUR

Le cœur cousu est son premier roman, il lui a valu à Saint-Malo en 2007 le troisième prix Ouest-France Étonnants Voyageurs. Le souffle lyrique et la force poétique de ce premier roman aux allures de conte ont séduit les dix jeunes jurés.
En 2011, elle publie Du domaine des murmures qui remporte un succès critique et public, il est récompensé par le Goncourt des lycéens. Son récit prend vie au Moyen-Âge en Franche-Comté, au sein du château de Hautepierre aussi l'ouvrage reçoit en 2012 le prix Marcel Aymé décerné par le conseil régional de Franche-comté.

 

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