LA FAIM DU TIGRE de René Barjavel

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Recule. Encore. Recule, j’te dis ! Tu es trop près de ton nombril là. Tu ne peux pas y voir clair. Et dans ton mètre carré de vie, tu ressasses tes ressentiments, et fait chier ce gouvernement qui nous saigne à blanc, et si c’est pas malheureux cette canicule qui m’empêche de faire les soldes tranquillement, et mon voisin qui a encore pourri ma nuit avec sa musique de merde !
Tu vois bien que tu es trop près…
Mais Barjavel va t’aider à t’éloigner, il va t’aider à relativiser, il va t’expliquer ou tenter de le faire seulement et c’est déjà énorme, à quoi tient une vie. Le vivant. Pourquoi ? Comment ? Et crois-moi, tu ne regarderas plus cet emmerdeur de voisin comme avant.

Je n'y parviendrai peut-être jamais, mais jusqu'à mon dernier souffle, je chercherai à comprendre. Comprendre où je suis et ce que je suis et ce que j'y fais, et à quoi ça rime. Ce corps qui s'est construit sans moi, et qui vit sans mon intervention, cet esprit qu'il enferme dans un scaphandre qu'ont-ils à faire ensemble, vers quel vase ou quel trésor s'enfoncent-ils dans l'océan de la matière ? Cette chair souffrante et jouissante qui me commande, et qui est faite de vide et qui saigne, qui a reçu du fond des âges une vie qui la laissera tomber et pourrir, cet esprit qui aura à peine le temps de naître avant de s'évanouir, je veux comprendre, comprendre, comprendre, pourquoi ils sont associés, si mal assortis, et s'ils ont un rôle à jouer, une place à tenir, exactement, quelque part entre la salade et la galaxie.

La faim du tigre n’est pas un roman, c’est un essai dont Barjavel dira Je donnerais tous mes autres livres pour celui-ci. Ne t’en va pas tout de suite, point de lourdeur ou de complexité pour te filer mal au crâne. Non. Il tente de définir avec des mots simples et des idées claires, en s’adressant directement à toi lecteur, ce qu’est la vie en partant des origines de celle-ci, en passant par l’être humain, absurde de vanité, et en finissant par la mort. Tout être vivant est assassin et assassiné, voilà une démonstration qui m’a impactée !  Il bouscule les religions et leurs réponses trop évasives et peu cohérentes au pourquoi. Des religions qui ne connaissent plus les significations de leurs textes de référence. Et pourtant pour Barjavel, cette extraordinaire organisation de l’Univers, du ciel, de la photosynthèse ou de l’oreille interne de l’homme ne peut être due au hasard. Mais qui ? quoi ?
Prends ce livre et fais-toi du bien. Prends du recul.
Et Barjavel est une valeur sûre.

Éditions Denoël (1966)
215 pages

 

L’AUTEUR

Journaliste et écrivain français. Ses romans de science-fiction développent une thèse antiscientifique et antitechnologique : Ravages (1943), Jour de feu (1957), la Nuit des temps (1968), la Peau de César (1985) pour n’en citer que quelques-uns.

 

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