A L'EST D'EDEN de John Steinbeck

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Mais comment pourrais-je exprimer un avis de lecture qui me satisfasse quand chaque page de ce livre est un trésor de la littérature (et je les ai savouré une à une). Je le savais pourtant que Steinbeck était un génie, et là, encore une fois, je tournai la dernière page bouleversée et coite. A l’est d’Eden est un chef d’œuvre, je n’ai pas mieux pour le qualifier.

Tout est dans ce livre, tout. Le réalisme, l’humanisme, l’individualisme, les luttes internes de l’être humain, la tolérance, la différence. Et j’en oublie. Tout est là. Et quelle densité ! Et quelle modernité !
Ça démarre à la fin du XIXème siècle et on va suivre sur deux générations la vie de deux familles, les Trask et les Hamilton. Tu as Adam et Charles Trask, deux frères de mère différente que tout oppose, voilà une famille recomposée. Tu as Samuel Hamilton, un fermier qui lit et qui pense, voilà un déséquilibre des classes. Tu as Caleb et Aron dont la mère est une prostituée psychopathe, voilà de la sexualité débridée. Tu as un chinois philosophe, serviteur et ami d’Adam, depuis quand un chinetoque est l’égal de son employeur ? Moderne je te dis !

Sous la carapace de lâcheté, l'homme aspire à la bonté et veut être aimé. S'il prend le chemin du vice, c'est qu'il a crû prendre un raccourci qui le mènerait à l'amour. Lorsqu’un un homme arrive au moment suprême, peu importe son talent, son pouvoir ou son génie, s'il meurt haï, sa vie est une faillite et sa mort une froide horreur. Il me semble que vous ou moi, au moment de choisir entre deux voies, devons toujours penser à notre fin et vivre pour que notre mort ne fasse plaisir à personne.

De la haine et de l’amour, faire le bien et céder au mal, un livre empli d’une violence omniprésente et d’un humanisme qui m’a débordée. Les personnages sont tout ça à la fois (et cela devient d’autant plus percutant quand on sait que certains d’entre eux ont réellement existé). Il n’y a pas du tout blanc ou du tout noir. Tu les aimeras tous. Tu compatiras même pour Cathy l’impitoyable pute de Salinas.
La vallée de Salinas, parlons-en. Terre d’accueil d’Adam quand il fuira son frère. A l’est d’Eden, référence à la bible : Caïn se retira de devant l'Éternel, et séjourna dans le pays de Nôd, à l'est d'Éden. La vallée de Salinas dont la force des paysages va de pair avec la profondeur des protagonistes qui y vivent. Si différents et si humains. La Bible comme un argument, comme motif à débat, comme excuse à la réflexion sur les hommes, j’en ai retenu un mot : Timshel.
Le libre arbitre.

Voilà. Je n’ai pas su faire plus court pour te parler de cette œuvre monumentale et pourtant, je n’ai quasiment rien dit. Rien qui ne puisse décrire toute la richesse contenue dans ces pages. Rien qui ne puisse te transmettre l’effet réel que m’a fait ce livre. C’est dans mes chairs, c’est dans mon âme. Ça se vit, c’est tout.

Il faut le lire.

Première publication en 1952
(632 pages)

 

L’AUTEUR

Son premier roman, La Coupe d'or, une fiction historique écrite en 1929, n'a pas de succès. Par contre, Tortilla Flat, écrit en 1935, lui vaut son premier prix littéraire. Cette histoire humoristique lui assure le succès. En 1936, il publie Des souris et des hommes et En un combat douteux. Trois ans plus tard parait, ce qu'il considère comme sa meilleure œuvre, Les Raisins de la colère. En 1940, lorsque le roman est adapté au cinéma, il reçoit le prix Pulitzer. Il écrit Rue de la sardine en 1947 et publie son autre grand roman À l'est d'Éden en 1952. Dans ses romans, Steinbeck met souvent en scène des personnages issus de la classe ouvrière confrontés à la Grande Dépression en Californie. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1962 et la médaille de la Liberté des États-Unis en 1964.

 

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